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Êtes-vous un mauvais garçon ?
juin 发表于 2006-2-7 15:18:00

Êtes-vous un mauvais garçon ?

Par GILLES DENIS, Sébastien LE FOL, FRANÇOIS SIMON
[06 février 2006]

Actuellement, la mode est aux rebelles bien élevés, qui ne font peur à personne. Voici leurs codes et leurs rites.

Les mauvais garçons, ces bad boys aux ailes rentrées, ont en commun une sainte horreur de se mélanger. Ils ont besoin de ce recul qui les valorise. Ils vivent dans un road-movie. La chaussée doit être large, longue et vide. Ces forbans au regard absent feignent de subir l’existence, alors que celle-ci leur plaît bien. Dans leur bouderie de dandys, ils font discrètement l’inventaire, du bout de leurs doigts bagués, de ce que peut à la rigueur leur offrir la société, si lente à leurs yeux, si prévisible, si docile. Lorsqu’ils se cabrent, ils n’oublient pas de le faire dans des vêtements aux griffes soigneusement coupées. La société de consommation les lasse mais ils retrouvent leur âme d’enfant dans un motel de la Route 66. Ils y fredonnent des airs qu’ils n’écoutent que sur vinyle ( Summer in the City, des Loovin’Spoonfull). Ils resplendissent dans les paradoxes, picorent ici et là, rejettent le tout avec cette nonchalance hautaine qui leur vaut des groupies éperdues d’amour. Les nouveaux rebelles sont en fait ravis de toutes ces modes qui renforcent leur isolement, leur singularité ; de tous ces lieux qui neutralisent les moutons. Eux sont partis ailleurs voir s’ils y sont.

Vous fréquentez
Tenir les autres à distance, telle est la règle de vie du nouveau rebelle. Il n’est d’aucune bande, d’aucune tribu. Il se promène à l’écart, fuit les transhumances. Il se cache comme si un paparazzi se dissimulait dans son ombre. Il part renifler ses origines dans de vastes pampas, loin de tous ; dans des steppes (le loup, c’est lui), des déserts. Tout au plus s’arrêtera-t-il dans un motel de la Route 66. Il commandera deux bières à la réception sans même retirer ses lunettes de soleil. Si le mauvais garçon se sent épié et copié, il lui arrive cependant de passer quelques jours dans le palace des stars, Chateau Marmont à Los Angeles. Mais à ses yeux rien ne saurait remplacer un séjour cévenol dans une usine hydraulique désaffectée.

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Vous rejetez
Le rebelle est un rousseauiste. Comme le père d’ Emile, il dénonce le vice des villes et encense la vertu des campagnes. Après une jeunesse dissolue (passée au mieux au Palace de Fabrice Emaer, au pire aux Bains des Guetta), il s’est ainsi retiré loin du monde, prônant la monogamie et réinstallant la famille comme vertu cardinale. A l’heure des néo-bobos, il sait que la vraie insolence est dans le rejet des pseudo-philosophies libertaires et dans l’affichage de valeurs taxées de conservatrices. D’ailleurs, il croît en Dieu. C’est dire.

Vous grignotez
Les restaurants, très peu pour lui ! Attendre qu’on le serve, mais vous rêvez ! Le néo-rebelle ne supporte pas ces rites bourgeois aux manières d’escargot. Tout cela, c’est le bûcher des vacuités. Le mauvais garçon se fait livrer de la nourriture à domicile. Pizzas, sushis, poulet rôti : il a du respect pour ces aliments car ils sont à son image : mobiles, nomades. Ils bougent, ils swinguent. Du café ? Oui, mais équitable.

Vous consommez
Bien malgré lui, le rebelle se reconnaît aussi par ses modes de consommation. Connu, il est parfois contraint (pour des sommes plus que raisonnables) d’être l’enseigne de telle ou telle grande griffe (Kate Moss et Opium de Saint Laurent). Mais sitôt quitté le tapis rouge, il conjugue le « no logo » avec passion (version APC, la « non-marque » qui affiche la moindre maille à 100 euros), se pare de croix et chaînes (diamantées de Chrome Hearts qu’il achète chez Colette) et cultive le vintage en planche de salut face à la société consumériste. Cette révolte de riche (la petite robe sixties noire chez Didier Ludot, pionnier du genre, ne vaut pas que ses paillettes) s’étend à tous les rayons : pro-vinyle et anti-iPod, il assouvit sa quête identitaire avec férocité au supermarché. Plus encore que l’étiquette bio (il refuse de tomber dans les mailles trop grosses des filets du marketing agro-alimentaire), les logos « éthique » et « commerce équitable » ont longtemps constitué ses balises d’achat. Mais il sent qu’il vire grand public. Même suspicion devant le raw food, nourriture crue, compactée à partir de graines. N’importe qui y goûte dans l’East Village. Alors il redevient carnivore. La révolte n’est pas dans le tofu. Elle est dans le tartare.


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